Louise De Hem

La collection de Louise De Hem

La réouverture des musées municipaux à Ypres après la Première Guerre mondiale

Le 19 novembre 2022, le Musée d'Ypres inaugurera sa nouvelle exposition temporaire dans la Salle Royale des Halles. Avec « Louise/Edith. Portée aux nues », cette exposition retrace l'histoire et l'œuvre de l'artiste ypresoise Louise De Hem. L'artiste contemporaine Edith Dekyndt sera l'artiste en résidence. La collection Louise De Hem est non seulement l'une des plus importantes collections d'un seul artiste que nous gérons à Ypres, mais elle est également à l'origine des musées municipaux actuels.

Destruction de la collection sur la Première Guerre mondiale

Il n'est sans doute pas surprenant d'apprendre que la Première Guerre mondiale a non seulement réduit la ville en ruines, mais aussi détruit une grande partie de son patrimoine culturel. La collection du Musée municipal, située au dernier étage de la Maison de la Viande, a également été presque entièrement détruite. Seules les pièces qui se trouvaient dans l'hôtel de ville, dont les portraits officiels, ont survécu aux violences de la guerre. Elles font aujourd'hui partie de la collection du Musée d'Ypres. La collection des hospices et du Musée Mergehlynck a été (partiellement) sauvée. À partir de mai 1915, la collection Merghelynck peut être admirée dans l'exposition consacrée aux œuvres d'art sauvées de la zone du front belge, dans la Salle flamande du Petit Palais à Paris.Après la guerre, ces collections reviennent à Ypres, souvent après un détour.

Le premier legs

Après la Première Guerre mondiale, la construction d'un nouveau musée municipal à Ypres n'est pas une priorité. La ville doit d'abord être reconstruite. Sans collection, il n'y a rien à exposer. De plus, la Vleeshuis, qui abritait le musée municipal avant la Première Guerre mondiale, n'est reconstruite qu'en 1927. Le 14 janvier 1927, Hélène Ceriez-Dehem, sœur de Louise De Hem et son héritière, décède. Le mari de Louise De Hem, Fréderik Lebbe, n'avait que l'usufruit des biens. Depuis le décès de son beau-frère Théodore Ceriez, Louise De Hem était responsable de l'entretien de sa sœur. L'héritage doit donc être considéré dans ce contexte : en désignant sa sœur comme héritière, Louise De Hem s'assurait que celle-ci ne sombrerait pas dans la pauvreté. Parmi ces biens se trouvent des dizaines d'œuvres et d'esquisses de Louise De Hem.

Lorsque Hélène rédige son testament en 1926, elle charge l'exécuteur testamentaire, Florimond Lambin, de trouver une destination pour les œuvres d'art de Louise De Hem. Elle fait confiance à Lambin pour exécuter ses dernières volontés. Il obtient ainsi le contrôle total des œuvres de Louise De Hem. En outre, deux prix doivent être créés : le prix Louise de Hem et le prix Théodore Ceriez. Lorsque Hélène décède le 14 janvier 1927, le testament prend effet. Lambin veille à ce que 49 peintures et pastels de Louise De Hem soient transférés à Ypres, sa ville natale. Il en conserve une partie pour lui-même. De plus, une donation de 10 000 francs est faite pour créer un « Musée Louise De Hem » et un montant de 20 000 francs est destiné à la création d'un prix.

Le nouveau Musée municipal

Le 28 mars 1929, le Jeudi Saint, les salles Louise de Hem du Vleeshuis sont inaugurées. C'est la première fois que le Stedelijk Museum ouvre ses portes depuis le début de la Première Guerre mondiale. Le conservateur du musée, Daniel Tack, ose rêver à l'avenir et espère pouvoir rapidement ouvrir d'autres salles du musée. Car si le musée peut désormais exposer des œuvres « modernes », la collection historique a été détruite. Selon le conservateur, il faudra des années pour la reconstituer

Le conservateur ne reste pas inactif et tente par différents moyens d'agrandir la collection. Il se rend ainsi aux musées royaux de Bruxelles pour voir si des pièces en réserve pourraient être prêtées à Ypres. Mais cela ne suffit pas, car comme il le souligne lui-même, les réserves ne sont pas inépuisables et d'autres villes y ont également recours depuis la destruction de la Première Guerre mondiale.[iii] La proposition du conseil communal de transférer également la collection d'œuvres d'art sauvée du C.O.O. (le futur CPAS) dans la Vleeshuis ne semble pas trouver d'écho. [iv] Ce n'est qu'à l'ouverture du Musée d'Ypres en 2018 que la collection municipale et celle des hospices sont réunies en un seul ensemble.

D'autres ressources municipales sont également affectées au musée. En 1919, le président de la République de Chine, Xu Shichang, fait don au nom de la Chine d'une somme de 50 000 francs belges au roi Albert Ier pour la reconstruction d'Ypres. Cet argent est destiné à la reconstruction d'une école et d'une bibliothèque. Pendant des années, la ville ne fait rien de cette somme considérable. Lorsque le nouveau musée municipal ouvre ses portes en 1929, la ville décide d'utiliser cet argent pour ce musée : de la porcelaine est achetée pour décorer une salle chinoise. [v]

En outre, la ville encourage activement les dons d'œuvres d'art afin d'enrichir la collection. Les journaux publient régulièrement des articles sur les dons récents au musée, en mentionnant les noms des généreux donateurs, sans doute pour inciter d'autres personnes à faire de même. En 1929, par exemple, sont offerts une lithographie représentant la procession de Notre-Dame de Thuyne, une collection de jetons d'entrée du conseil communal entre 1848 et 1884 et une pièce d'argent datant de 1696.[vi] En 1930, plusieurs dons sont également enregistrés. Le musée municipal possède désormais, entre autres, des pièces de monnaie anciennes, d'anciennes « tellooren » (pièces de monnaie) d'associations ypresnes, des portraits de représentants du peuple, des gravures et des plans d'Ypres. De plus, à cette époque, outre les deux salles De Hem, une troisième salle a été aménagée dans le musée. Cette salle expose des portraits du couple royal belge, du roi d'Angleterre et de chefs militaires français et anglais. Dans l'escalier de la Vleeshuis, on peut voir des ancrages muraux sauvés des décombres d'Ypres. Les portraits sont destinés au nouveau musée de la guerre, dont l'ouverture est prévue pour le Tuindag (jour du jardin).[vii]

En 1941, grâce au legs de Florimond Lambin, 17 œuvres supplémentaires de Louise De Hem entrent en possession de la ville d'Ypres. Parmi celles-ci figurent notamment « Le retour d'une procession en Flandre » et « La paysanne ». Les œuvres ne rejoignent physiquement Ypres qu'après la Seconde Guerre mondiale.

La collection De Hem aujourd'hui

Bien que la collection du Stedelijk Museum ait considérablement s'enrichie depuis le don initial, la collection De Hem y occupe toujours une place importante. Aujourd'hui, le Musée d'Ypres possède 90 œuvres de l'artiste ypresoise. Le cœur de cette collection reste le legs d'Hélène Dehem, suivi de celui de Florimond Lambin, qui totalisent 66 œuvres. La valeur de la collection est unique. Il est exceptionnel dans le paysage muséal qu'un musée possède autant d'œuvres d'une artiste féminine. Il s'agit en outre d'œuvres que Louise De Hem n'a jamais vendues et qu'elle a toujours conservées en sa possession. On y trouve ainsi quelques croquis et études préparatoires, ainsi que des œuvres ayant une grande valeur personnelle. Plusieurs œuvres représentent notamment sa mère et sa sœur comme modèles.

Cette origine unique de la collection entraîne naturellement une certaine distorsion dans l'œuvre. Louise De Hem ne pouvait pas se permettre de peindre pour le plaisir. Son travail lui permettait non seulement de subvenir à ses besoins, mais aussi à ceux de sa mère et de sa sœur. Elle était très appréciée comme portraitiste et la plupart de ses œuvres étaient sans aucun doute des portraits réalisés sur commande. Mais ces commandes ne restaient bien sûr pas la propriété de l'artiste. Grâce à des dons et des acquisitions ultérieurs, nous possédons quelques portraits réalisés par Louise De Hem sur commande. Néanmoins, les portraits sont sans aucun doute sous-représentés dans la collection du Musée d'Ypres.

Décision

Cent ans après la mort de l'artiste ypresoise Louise De Hem, le Musée d'Ypres remet cette collection à l'honneur. L'importance de cette collection pour Ypres est multiple. Il ne s'agit pas seulement de l'œuvre unique d'une femme artiste vers 1900, mais aussi de la collection qui, après avoir été détruite pendant la Première Guerre mondiale, a servi de base au nouveau Musée municipal. Le legs de 1927 a marqué le coup d'envoi de la constitution d'une nouvelle collection d'art. Une collection dont nous pouvons encore profiter aujourd'hui.

Faites défiler les œuvres

[i] D. Dendooven, J. Dewilde en A. Vandenbilcke, Hotel-Museum Arthur Merghelynck.Museumgids, Ieper, 2001, p. 26.

[ii]Het Ypersche, 30 maart 1929, p. 3.

[iii]Het Ypersche, 30 maart 1929, p. 3.

[iv] Verslag in Het Ypersche nieuws, 13 april 1929, p. 3.

[v] Het Ypersch nieuws, 19 september 1936, p. 3.Het Ypersche, 8 december 1928, p. 4. Meer hierover kan je terugvinden in Sjouwers voor de oorlog : Chinese arbeiders in de Eerste Wereldoorlog, tentoonstellingscatalogus, Ieper, 2010.

[vi] Het Ypersch nieuws, 28 september 1929, p. 2; Het Ypersch nieuws, 12 oktober 1929, p. 3.

[vii] Het Ypersche nieuws, 19 april 1930, p. 9. Het oorlogsmuseum in kwestie is het Ypres Salient War Museum van de Brit Leo Murphy. Dat museum opent in de kelders van het Vleeshuis de deuren.

Wetenschappelijk medewerker dr. Hannelore Franck schreef dit artikel voor VIFF magazine.